Laboratoire et Service International d'appui Aux Organisations d'Economie Sociale et Solidaire en Afrique

La problématique de l’accès au crédit bancaire des exploitants agricoles familiaux au Burkina Faso

A l’instar des autres pays de la sous-région, la politique agricole du Burkina Faso vise à garantir la souveraineté alimentaire et à faire du secteur agricole le moteur de l’économie nationale.

A l’heure actuelle, elle oscille entre promotion de l’agrobusiness et exploitation familiale comme modèles pour favoriser l’émergence d’un secteur agricole structuré, compétitif, et intégré à l’économie sous-régionale. Mais, pour la réalisation d’un tel objectif, l’accès au crédit bancaire reste une question fondamentale qui a encore du mal à trouver la forme adéquate.

Au regard de la place de l’agriculture dans l’économie burkinabè et de l’importance de l’activité des petits producteurs dans le secteur, il est capital d’imaginer un dispositif original d’octroi de crédit agricole au niveau des banques pour permettre une véritable promotion de l’exploitation familiale.

Au Burkina Faso, on a une pléthore de banques, mais malgré ce boum du système financier burkinabè, le constat est que l’accès aux services financiers reste une question préoccupante surtout pour le milieu rural. Le système bancaire burkinabè évite de s’engager dans l’agriculture. Il existe encore des difficultés quant à l’accès des exploitants agricoles familiaux au crédit bancaire. Au départ, les Institutions de Micro Finance (IMF) ont émergé surtout pour résoudre le problème d’accès au crédit des agents à faible capacité financière comme les petits exploitants.

Malheureusement, les produits et services proposés par ces institutions ont tendance à s’écarter de ce premier objectif. Une analyse de la situation montre qu’elles s’intéressent davantage et de plus en plus aux marchés présentant une plus grande rentabilité et des risques dits acceptables.

Les IMF plus tournés vers la ville que les zones rurales

Il existe 154 Institutions de Micro Finance (IMF) agrées par le Ministère de l’Economie et des Finances , mais, malgré le nombre important des IMF, la part destinée au financement du secteur de l’agriculture reste très marginale. Par exemple, au niveau de la Caisse Populaire qui est la structure de proximité la plus représentative, le portefeuille de crédits affecté à l’agriculture est seulement d’environ 8% . Ce qui est paradoxale pour une institution qui se veut proche des petits exploitants.
Le crédit permet en effet aux producteurs de dégager des excédents et de concrétiser leurs initiatives afin d’augmenter leur production. On peut relever que l’agriculture familiale est une réalité présente sur tous les continents et principalement dans les pays en développement.

Depuis les débuts de l’humanité, les communautés paysannes ont développé et actualisé leur propre coexistence avec le milieu naturel qui les entoure. Les Nations Unis ont même proclamé 2014 comme « année internationale de l’agriculture familiale » afin d’attirer l’attention sur le rôle majeur qu’elle peut jouer pour faire reculer la faim et la pauvreté.

Aujourd’hui, pour des pays comme le Burkina Faso, l’agriculture familiale reste la principale source d’emploi (80% de la population active). Malheureusement, ces exploitations agricoles familiales continuent de croupir dans des conditions difficiles de pauvreté principalement par la faiblesse voire l’absence d’action adaptée à leur situation et besoin de développement puis à un faible accès au crédit agricole. Or, au cœur du développement du pays, les agriculteurs occupent une place de choix.

A court et moyen terme, le regroupement sous des formes associatives ou coopératives des paysans les permettent d’être plus crédibles afin d’avoir accès au financement de leurs activités.

Une opportunité pour les spécialistes des ESS

Si nous dénombrons des milliers d’organisations paysannes au Burkina Faso avec des niveaux d’organisations très disparates, le nombre de paysans qui ne militent pas dans les ESS est encore très appréciable. Nous pensons que cela naturellement parce que les succès rencontrés par les ESS vont attirer naturellement d’autres personnes à adhérer ou à créer des organisations afin d’être plus efficaces dans la chaine de valeur.

Les spécialistes en ESS ont donc du pain sur la planche et également de l’opportunité pour encadrer, guider et accompagner les millions de paysans à choisir les formes organisationnelles qui s’adaptent à leurs contextes.
Vivement que de telles entreprises se créent pour un meilleur devenir du monde rural.

Sources :

  • Agence Française de Développement 2012, Ouagadougou
  • Site web de la Direction de Surveillance et de Contrôle des Systèmes Financiers Décentralisés, www.apsfd-burkina.bf
  • Rapport final du Ministère de l’agriculture et de la sécurité alimentaire sur le financement des activités agricoles et de l’industrie agroalimentaire, 17 Juillet 2013, Ouagadougou
  • Rapport de la CPF sur le crédit agricole et financement des exploitations agricoles familiales, Novembre 2010, Ouagadougou

Article réalisé par l’Association Yam-Purkri